Un grand voyage vers la nuit

À suivre…

Le 30 janvier. Petit bijou pour cinéphile pointu et tour de force technique en 3D, le film de Bi Gan révèle un réalisateur aussi ambitieux que virtuose.

Par Jacques Braunstein

Bi Gan est un réalisateur chinois surdoué de 28 ans. Il semble connaître par cœur ce que le cinéma de son pays à de plus pop. La première partie de son second long métrage Un grand voyage vers la nuit, est une sorte de compilation de tous les thrillers poisseux produit là-bas. Un goût des néons et des gargotes qui prend ses racines dans le cinéma hongkongais (Les Anges Déchus, Won Kar Wai, 1995). Le souvenir d’une femme fatale aimée et perdue comme dans Black Coal (Lion d’Or à Venise en 2014). Un meurtre jamais résolu comme dans Une Pluie sans fin (succès surprise de l’été 2018). Et Une nostalgie parad oxale pour la Chine des années 90, sorte de Far West ou tout était permis comme dans Les Eternels (Ash is purest white) de Jia Zhangke également présenté à Cannes cette année.

Mais ce qui pourrait n’être qu’un jeu de piste un peu vain pour cinéphile pointu ou un pense bête pour amateur pressé est le long prologue à une seconde partie aussi virtuose que bouleversante. Lorsque le héros se réfugie dans cinéma pour tuer le temps et qu’il enfile des lunettes 3D, le spectateur est invité à en faire autant… Et là, commence un second film. Un long plan séquence où le héros espère retrouver la femme aimée, guidé successivement par un enfant joueur de ping-pong, puis par la gérante d’une salle de jeux, chanteuse de karaoké à ses heures perdues. Au milieu de ce tour de force technique, un coup de billard difficile vient ajouter un suspens supplémentaire. Et peut passer pour un commentaire sur la gratuité de l’art et les hasards de la création. Bi Gan prend le meilleur de ce qu’invente l’industrie des blockbusters pour en faire du cinéma aussi sensible que fragile. Une découverte !

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