Suspiria

Les sœurs du mal

Le 14 Novembre. Luca Guadagnino revisite Suspiria, le classique de l’horreur italienne. Il en tire un film aussi esthétique qu’impénétrable. Tentative d’explication.

Par Jacques Braunstein

Suspiria est d’une beauté aussi inattendue que renversante.  Pourtant Luca Guadagnino (Call Me By Your Name) tourne le dos au film auquel il rend hommage. Le Suspiria de Dario Argento (1978) et son esthétique Giallo faite de rouges et de bleus saturés. Ici, tout est dans un camaïeu d’ocre et de vert, des carreaux des tissus aux carrelages des bâtiments. Même le sang vire chocolat. L’image jaunie évoque les fictions allemandes des années 70, pour le meilleur comme pour le pire. On pense aux films de Rainer Werner Fassbinder (Le mariage de Maria Braun, L’Année des Treize Lunes…) comme à l’Inspecteur Derrick (mention spécial aux deux flics, au top de l’imper mastique col pelle à tarte).

“Il y est question de sororité autant que de la puissance féminine qui peut se révéler aussi létale et effrayante que la brutalité masculine.”

Suspira 2018 présente une galerie d’actrices aux physiques singuliers. En commençant pas Jessica Harper, héroïne du film original, rejointe par l’anglaise Tilda Swinton, l’allemande Ingrid Caven, la française Sylvie Testud et les jeunes américaines Chloë Grace Moretz (Sils Maria) ou Mia Goth (A Cure for life). Même Dakota Johnson, dont le monde entier connaît la plastique depuis 50 nuances de Grey, semble doté d’une expression inusitée sous la caméra du réalisateur italien.

On retrouve les principaux éléments du récit original : la jeune danseuse qui débarque dans une compagnie de danse allemande prestigieuse , les trois sorcières, les disparitions étranges… Mais l’histoire est transportée de Fribourg à Berlin et inscrite dans un cadre historique plus précis. Puisque télévisions, radios et manifestations de rue font référence au terrorisme d’extrême-gauche et plus précisément à la Fraction Armée Rouge des années 1977-78. Il y est également question du Troisième Reich, et de l’histoire de la compagnie, créée en 1948 avec la chorégraphie Volk, qu’elle va jouer pour la dernière fois 30 ans plus tard.

Ces nombreux détails interrogent l’idée de faire un remake de 2h32 d’un film qui durait en tout et pour tout 1h48. Les références s’entremêlent et les séquences se multiplient sans qu’on n’y comprenne grand-chose. Le film se veut sans doute un commentaire érudit des violences faites aux femmes. Il y est question de sororité autant que de la puissance féminine qui peut se révéler aussi létale et effrayante que la brutalité masculine. Mais la trop grande complexité des interactions entre époques, niveaux de réalité, clans de sorcières, décourage plus qu’autre chose. Le mieux est encore de se laisser porter jusqu’au final, tableau morbide à la séduction ahurissante.

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