Sunset

Le monde d’hier

Le 20 mars. Chef d’œuvre maniériste ou délire auteuriste pénible, le nouveau film du réalisateur du Fils de Saul divise. Explications.

 

Par Valentine Bounaud, Jacques Braunstein et Franck Lebraly

Assis côte à côte, nous étions trois de l’équipe de SomeWhere\Else pour voir le second film de László Nemes. C’était au Festival du Film Européen des Arcs en décembre dernier, et nous avons ensuite pu échanger nos impressions divergentes. L’occasion de rédiger une critique polyphonique sur ce film étrange.

A la veille de la Première Guerre mondial, Irisz Leiter débarque à Budapest pour travailler dans le célèbre magasin de chapeaux, autrefois tenu par ses parents. L’orpheline devenue chapelière à Trieste, à l’autre bout de l’Empire Austro-Hongrois, se heurte à l’hostilité d’Oszkar Brill. Nouveau propriétaire de la maison, il a été échaudé quelques années plus tôt par sa collaboration avec frère d’Irisz qui s’est achevé de manière tragique.

Expérience forte et assez fascinante. Mais également un film difficile et un peu hermétique

La caméra colle à Irisz (la très belle et fort mystérieuse Jili Jakab) alors que le son nous parvient de toute part créant un hiatus entre notre regard focalisé et nos oreilles ouvertes à une scène plus large qui échappe à nos yeux. Le premier d’entre nous a trouvé cette expérience fascinante. Le second que cela faisait un peu mal à la tête. Et le troisième faisait remarquer que le jeune réalisateur franco-hongrois avait déjà utilisé cette approche dans son premier film, Le fils de Saul (Grand Prix à Cannes 2015) dans le contexte totalement différent d’un camp d’extermination. Du coup, pour lui, cette marque de fabrique tourne au procédé.

La beauté des plans, des toilettes –notamment des chapeaux – et des décors contraste avec la menace qui semble planer sur la ville à la nuit tombée. Est-ce une évocation de la guerre qui vient ? D’un secret qui nous échappe ? Ou la traduction de remous politiques qui agitent la Hongrie de l’époque et dont nous ne savons rien. Malgré quelques recherches, il nous est resté impossible de trancher. Si l’on voulait faire cultiver, on évoquerait ici Le Monde d’hier de Stephen Zweig, qui a inspiré d’une manière radicalement différente le Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, mais ce n’est pas le sujet.

Dans Sunset (le crépuscule en français), l’ombre du frère plane sur le film. Le premier d’entre nous pensait que c’était le bandit barbu qui semble s’intéresser à Irisz, le deuxième qu’on ne le voit jamais…  Et le troisième n’avait pas trop d’avis jusqu’à ce que (dans l’œuf qui nous ramenait dans une autre partie des Arcs) il entende un festivalier affirmer qu’en fait son frère c’était elle. Explication un peu abracadabrante mais séduisante qui nous rappelait de manière incongrue les théories pop sur Magnum ou Le Prisonnier.

Ce soir-là, tout le monde était d’accord pour dire que le secret du film était dans son dernier plan que nous ne révérons pas. Pour ne spoiler le film mais également parce que le premier et le second ne l’interprétaient pas de la même manière. Et que le troisième était bien incapable de les départager vu que, finalement, il s’était endormi.

Sunset est donc bien une expérience forte et assez fascinante. Mais également un film difficile et un peu hermétique qu’il faut sans doute mieux voir deux fois qu’à trois.

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