La Favorite

Baroque et barré

Le 6 février… Nommé 10 fois aux Oscars, le film de Yórgos Lánthimos est une comédie saignante sur le pouvoir au féminin. Avec les incroyables Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman.

Par Jacques Braunstein

1708, Anne Reine de Grande-Bretagne, vit entourée de 17 lapins, symbolisant les 17 fausses-couches qui font qu’elle n’a pas d’héritier direct. L’ambiance surréaliste est plantée ! Elle gouverne avec l’aide de sa favorite, Sarah Churchill, duchesse de Marlborough avec laquelle elle a été élevée. La reine est jouée par Olivia Colman qui a reçu le Golden Globe pour ce rôle qu’elle connaît bien (elle campe Elisabeth II dans les saisons 3 et 4 de The Crown sur Netflix) et la favorite par l’impénétrable Rachel Weisz (The Constant Gardner, Agora, Youth…)

conte cynique digne des satiristes britanniques de l’époque

Nous sommes en pleine Restauration Anglaise. Après des années de puritanisme, la royauté a retrouvé son faste et la cour est noyée sous une débauche de dentelles, de perruques et de poudre qui faisait presque passer Versailles pour austère. Les plus cinéphiles penserons à Ambre le chef-d’œuvre d’Otto Preminger (1947), les autres à Kamelott ou au Ridicule de Patrice Leconte, tant le ton est sardonique. Mais ce ton est au service d’un propos éminemment politique.

Débarque à la cour une cousine pauvre de la duchesse, Abigail – interprétée par Emma Stone (Oscar de la meilleure actrice 2017 pour La La Land). D’abord employée comme servante elle va peu à peu s’attirer les grâces de la fantasque reine, jusqu’à supplanter sa parente dans le rôle de favorite. C’est la guerre en jupon. Un récit qui jette un regard sans concession sur les relations de pouvoir entre femmes.

L’inverse de Marie Stuart, Reine d’Ecosse (le 27 février), démonstration lourdingue sur les violences faites aux femmes. Où chaque ligne de dialogue vient surligner les avanies subies par la souveraine dans un monde d’homme.

Dans La Favorite, le trait est beaucoup plus fin. Godolphin, le chef du parti Tory (conservateur) et Robert Harley, chef du parti Whig (libéral) – Nicolas Hoult (X-Men, Mad Max, Fury Road…) – pensent pouvoir instrumentaliser ces femmes pour peser sur la politique de la reine, mais se font utiliser à leur tour.

Baroque dans ses costumes et ses décors (palais et jardins à la beauté hiératique) comme dans sa mise en scène (utilisation du fish eyes, ralentis, couleurs saturée…), The Favourite est un conte cynique digne des satiristes britanniques de l’époque (Jonathan Swift et Daniel Defoe était d’ailleurs des amis du ministre Robert Harley). Et c’est sans doute le chef d’œuvre de Yórgos Lánthimos – réalisateur grec de l’étrange The Lobster (2015). Le film est d’ailleurs nommé aux Oscars tant pour le meilleur réalisateur, film ou scénario que pour ses costumes,  ses décors ou sa photo…

Face à tant de munificence, on pense forcement à Barry Lyndon (1975) de Stanley Kubrick. Et a son carton de fin désabusé : « Ce fut sous le règne du Roi Georges III [petit neveu de la Reine Anne] que ces personnages vécurent et se querellèrent ; bons ou mauvais, beaux ou laids, riches ou pauvres, ils sont tous égaux maintenant » Mais un Stanley Kubrick mâtiné de Monty Python !

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