The Handmaid’s Tale

« Dans la série, les femmes sont plus cruelles »

Interview de Bruce Miller, showrunner de The Handmaid’s Tale, la série événement qui décrit une dictature patriarcale dans une Amérique post-Trump. The Handmaid’s Tale saison 2 actuellement sur OCS (saison 1 disponible en replay).

Par Jacques Braunstein

Rencontre avec Bruce Miller, le jovial showrunner de la série la plus hypée du moment (8 Emmy et 2 Golden Globes en 2017). The Handmaid’s Tale (diffusée par la plateforme Hulu aux USA) s’inspire du roman de Margaret Atwood (La Servante écarlate, 1985) décrit un monde totalitaire et patriarcal en proie à la dénatalité. Les femmes fécondes sont condamnées à porter les enfants des dirigeants dont la femme est stérile. On y suit les tentatives d’affranchissement d’une « servante écarlate » rebelle Ofred/ June, campée par Elizabeth Moss (Mad Men, The Square…).

“8 Emmy et 2 Golden Globes en 2017.”

Nous avons rencontré Bruce Miller, ancien scénariste d’Urgences et des 100 (honnête dystopie pour ados), dans une suite du Plazza Athénée à Paris 8e. Il commence par remercier chaleureusement son équipe en bon californien. Volubile, il revendique l’influence de Kubrick : la folie de Shining ? Le futur cauchemardesque d’Orange Mécanique ? Le baroque de Barry Lyndon ? Il ne le précise pas, mais on imagine que c’est un peu des trois. Passionné, il nous avoue que, dans les épisodes à venir de la saison 2 et dans la troisième saison (déjà signée), il veut explorer la vie des classes laborieuses de son univers et celle des canadiens confrontés à l’immigration de millions d’américains voulant échapper à la dictature de Gilead qui s’est rendue maître des États-Unis. Interview.

Votre Show a reçu beaucoup de bonnes critiques. Mais face à la seconde saison certaines se sont élevées contre le fait que pour dénoncer la violence faite aux femmes, vous montrez  beaucoup trop de violence faite aux femmes.
Oui, cela pose toujours problème. Mais comment représenter Gilead, cet endroit régi par la violence où les femmes sont réduites à l’état d’esclave sexuel, sans le définir visuellement ? On a essayé de montrer ce qui est nécessaire pour raconter l’histoire, ni plus, ni moins. Dans la saison 1 par exemple, on aborde le sujet de la mutilation génitale féminine. Pourtant nous n’avons rien montré. Le personnage se réveille avec un bandage mais rien n’est explicite. Le spectateur sait qu’il s’est passé quelque chose d’effroyable sans y avoir concrètement assisté. L’idée est insinuée et cela suffit pour créer une tension. C’est un dosage délicat auquel nous sommes attentifs pour chaque scène. D’autant plus qu’une scène écrite sur le papier paraît encore plus terrible une fois portée à l’écran.

Votre série fait écho au mouvement #Metoo ou à l’élection de Donald Trump… Comment pouviez-vous savoir, cinq ans avant, qu’au moment de son adaptation ce vieux roman des années 80 serait totalement d’actualité ?
J’aurais préféré que la série ne se révèle pas si pertinente aujourd’hui. En tout cas je n’avais pas de boule de cristal… Les forces qui ont engendré le mouvement #Metoo ou la l’élection de Trump, nous les sentions déjà au moment de l’écriture du scénario. Mais tout le mérite revient à Margaret qui les avait vu émerger il y a 35 ans déjà. Nous n’avons rien inventé, mais seulement exploité la matière qu’elle avait créé. J’avais lu le roman quand j’étais étudiant et je l’avais toujours gardé dans un coin de ma tête.

Certaines féministes affirment que l’oppression patriarcale provient uniquement des hommes. La série semble, au contraire, montrer que les femmes peuvent aussi en être responsables.
Margaret consacre beaucoup d’importance à cette question dans le livre. L’oppression des femmes est bien souvent le fait d’autres femmes. Mais dans la série, je m’attache plus à la notion d’État totalitaire qu’à celle de l’oppression patriarcale. Comment des personnes sont utilisées pour oppresser un groupe. Et ceux qui connaissant le mieux le groupe sont justement ceux qui en font déjà partie. Dans la série certaines femmes apparaissent comme les plus cruelles. C’est terrible, elles ont organisé la société à partir de leurs frustrations qui agissent comme un venin. Mais ce n’est pas un point de vue sur le patriarcat que je développe là, c’est plus ce ressort du totalitarisme que j’ai voulu mettre en exergue.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous attaquer à une histoire, qui vous le saviez, était matière à controverse ? Ce n’est pas le choix le plus facile…
Vous pensez vraiment que je me suis dit « allez je vais faire ça pour que ma série soit au centre de la controverse dans le monde entier ? » (rires) Moi ce que je veux c’est faire une bonne série. J’ai retenu une chose de mon travail en tant que scénariste pour Les 100 (même si je n’en étais pas le showrunner car la série a été créée par Jason Rothenberg) : plus c’est réaliste, plus c’est prenant. Je me suis inspiré de ce concept pour The Handmaid’s Tales. Même si c’est une dystopie, l’équipe a tout de suite compris l’importance de rester très ancré dans la réalité. Ce n’est effrayant que si ça paraît réaliste.

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