Funan

Histoire de Kh(mère)

Le 6 mars. Ce dessin animé nous plonge au cœur de la révolution cambodgienne sur les traces d’une mère séparée de son enfant par les Khmers Rouges. Le premier long-métrage de Denis Do aborde la complexité des relations humaines exacerbées par le totalitarisme.

Par Tess Volet

 Tout commence en avril 1975 lorsque les partisans  communistes de l’Ankar s’emparent de Phnom Penh, capitale du Cambodge. Une révolution marquée par la violence – entre 1,7 et 2 millions de victimes. Pour la mener à bien, l’organisation vise un idéal d’inspiration maoïste via un retour à la terre à marche forcé. Marqué par le meurtre des intellectuels bourgeois et une propagande qui va jusqu’au lavage de cerveau des plus jeunes. Les femmes et les hommes sont séparés des enfants et des plus âgés, avec, à chacun, des tâches différentes. Ces faits ont été retranscrits en 1984 par le réalisateur Roland Joffé dans le film La Déchirure, couronné de 3 Oscars.

noble travail sur la mémoire et les relations humaines

Dans Funan, le réalisateur Denis Do montre une mère torturée (en réalité, la sienne) à la recherche de son enfant, dans un contexte politique extrêmement hostile. Le moindre faux pas et la mort est assurée. La relation entretenue avec son mari Khuon dessine les tourments des citoyens cambodgiens à cette époque. Impuissants face à la situation de leur pays, Chou et son mari se démènent pour réunir leur famille. Face à l’injustice, la détresse et l’impuissance, ils vont se déchirer, se redécouvrir, s’aimer et apprendre à lutter ensemble.

Le dessin des émotions et des souffrances sur les visages des personnages sont, grâce au jeu des couleurs, à la fois subtiles et flagrants. L’évolution de leur état physique et mental se précise avec les laborieuses années qui passent. Les cernes, les traits prostrés et les ventres creux suffisent à dénoncer leur condition de travail et de vie.  Par l’habile contraste entre les paysages immenses et paisibles du Cambodge et le vide du désespoir de leurs regards. Des paysages infinis à l’image de l’amour que les parents portent à leur fils.

C’est à travers le périple entrepris par les parents pour retrouver leur fils que Denis Do dénonce humblement les crimes d’un régime mal connus. Un noble travail sur la mémoire et les relations humaines qui a remporté le Cristal du long métrage du festival du film d’animation d’Annecy 2018.

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