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Blindspotting

Le 3 octobre. Blindspotting, notre film préféré du Festival de Deauville a remporté le Prix de la critique. Cette comédie est une chronique des fractures sociales et raciales américaines comme plusieurs autres films en compétition cette année. Présentations.

 

 Par Jacques Braunstein, Olivier Schmitt et Sophie Castelain

Il y a eu Spike Lee et il y aura sans doute désormais Carlos Lopez Estrada. Le réalisateur de Blindspotting, premier film présenté à Deauville, sait comme celui de Do The Right Thing passer de la chronique sociale à la comédie avec une virtuosité déconcertante. Collin (Daveed Diggs), à trois jours de la fin de sa liberté conditionnel, assiste à une bavure policière après la fin de son couvre feux…

Prix de la critique au festival de Deauville

Mis face à un dilemme moral qui vient s’ajouter à ses nombreux problèmes : il a été envoyé en prison pour avoir mis le feu à un hipster dans des conditions que nous ne révélerons pas tant elle constitue le cœur aussi drôle qu’improbable du film… Son réalisateur virtuose parvient à créer une tension qu’il désamorce par la comédie. Et dès que l’on rit franchement, il replonge le spectateur dans la violence d’Oakland : ancien ghetto face à San Francisco et à quelques encablures de la Silicon Valley en cours d’embourgeoisement accéléré…

Depuis sa remise en liberté, Collin travaille la journée comme déménageur avec son ami blanc Miles (Rafael Casal), témoins privilégiés de la transition en cours. L’occasion de croquer des tranches de vies, comme lorsqu’un jeune cadre envoie un commentaire négatif à la boite de déménagement qui l’emploie plutôt que de lui répondre de vive voix. Ce premier film désopilant et pourtant profond s’est vu décerné un Prix de la critique amplement mérité au Festival du film Américain.

Un autre long-métrage projeté à Deauville, Monster and Men, aborde le même sujet à travers le regard de trois témoins d’une bavure policière (dont un flic). Plus documentaire dans son approche et plus sec dans sa forme, le film du new-yorkais Renaldo Marcus Green ne convainc pas autant.

Contrairement à Night Comes On, premier film réalisé par la comédienne américaine Jordana Spiro (vue dans la série Ozark sur Netflix). Angel (Dominique Fishback) est libéré sur parole à la veille de ses 18 ans. La jeune afro-américaine vient de passer un an dans une prison pour mineur de la région de Philadelphie suite à une arrestation pour port d’arme. Dans une quête de vengeance, elle fait un premier arrêt chez un dealer d’arme à domicile. Un second sera pour sa jeune sœur Abby (Tatum Marilyn Hall), placée en famille d’accueil depuis la mort de leur mère. Mais le véritable but d’Angel est de retrouver son père qui se révèle être le meurtrier de leur mère. L’empathie pour sa jeune sœur la détournera-t-elle de son dessein ? Night Comes On  a remporté le prix du jury du Festival de Deauville (ex-aequo avec la comédie policière American Animals).

Alors que We the Animals, de Jeremiah Zagar (déjà primé au Festival de Sundance) à obtenu le Prix Découverte. Le film nous fait pénétrer dans l’intimité de trois frères que leurs parents laissent livrés à eux même contraints qu’ils sont à travailler la nuit, et occupés à leur amour passionnel. Le film est raconté par le plus jeune des fils qui dessine également leur quotidien (dessins qui s’animent devant nos yeux). Malgré un regard poétique sur la précarité que subissent ses protagonistes, le film peine à convaincre tout à fait.

Citons enfin Dead WomanWalking qui s’attache à 9 femmes dans le couloir de la mort. Qu’elles soient blanches ou noirs, il ressort du film que les circonstances atténuantes restent une notion assez abstraite dans l’Amérique profonde dès lors que vous êtes pauvres. Fort, oppressant mais trop volontiers tire larmes, le film de l’Israélienne Hagar Ben-Asher, achève de tracer un portrait d’une Amérique qui a bien du mal à proposer un destin enviable à ses classes populaires.

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