Sortilège (Tlamess)

Le Dernier d’entre nous qui révéla le cinéaste tunisien
Ali Eddine Slim avait été sélectionné comme « meilleur film étranger » aux Oscar.
Il revient avec une fuite dans la nature encore plus fêlée,
présentée à la dernière Quinzaine des réalisateurs de Cannes.

Par Rod Glacial

Temps de lecture 5 min

Tlamess

Bande Annonce

Avec deux références à Kubrick (2001, Full Metal Jacket) dans les dix premières minutes du film, la méfiance était de mise. Nous sommes à l’armée, au milieu d’une garnison qui ne sait ni pourquoi ni pour qui elle patrouille. « Le terrorisme ? Quel terrorisme ? » Certains en deviennent fous, se suicident ou désertent. C’est le cas de S (Abdullah Miniawy, dont c’est le premier rôle) qui apprend la mort de sa mère, et revient en ville faire son deuil. Et signe un pacte avec le feu pour ne jamais y retourner. Fini le désert froid et hostile, il erre maintenant dans une ville morte et grise. Sous les palmiers, les plaies. Slim filme façon fantôme. Les plans sont des séries photo, de haut, de loin, par la petite lucarne ; de la caserne au chantier, du désert à la cité. Et quand la caméra se lève en même temps que le brouillard, c’est carrément somptueux. S, fiché, aggrave son cas en tuant un militaire. Il est vite retrouvé par la police (milice ?), et après une deuxième fuite spectaculaire (nu, le flan en sang, courant dans un cimetière), il termine sa phase de transition pour quitter définitivement le monde des hommes. C’est la forêt qui lui ouvre ses bras.

Sortilège !
Le mythe de la belle et la bête est dépoussiéré.

Stupéfaction. Malaise. Sortilège !
Sans explication, sans serpenter – il faut savoir que le film est quasi muet – nous sommes maintenant dans la vie de F (Souhir Ben Amara), femme au foyer d’un mari très riche mais surtout très pris par son travail. Encore une fois, c’est le froid qui règne. L’amour a déserté. Tout juste enceinte, seule dans sa villa au milieu des collines, elle va surprendre S lors d’une promenade forestière. Stupéfaction. Malaise. Sortilège ! Le mythe de la belle et la bête est dépoussiéré. La séquestration de la belle ne va bientôt plus être qu’un vague souvenir alors que les deux protagonistes n’utilisent même plus la parole pour communiquer mais uniquement le langage des yeux. Acceptant l’ermite comme son Saint Protecteur, voire son sein protecteur (détail important pour la suite), F se laisse envoûter et se laisse vivre au rythme de Robinson Crusoé. La dernière demi-heure prend un tournant aussi stupéfiant qu’inattendu. Le rythme cardiaque du film s’accélère, la pulsion de mort se fait de plus en plus présente et la contemplation vire au cauchemar. Cet enfant, de qui est-il l’oeuvre ? Une question que Potemkine a dû se poser en choisissant de produire ce film qui va une nouvelle fois augmenter la qualité de leur catalogue. A noter également la bande-son du film qui a été intelligemment confiée au groupe de post-rock Oiseaux-Tempête. Tout est dit.

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