The Lighthouse – Le vent tourne

Primé à la Semaine de la Critique à Cannes et à Deauville, Robert Eggers réveille le cinéma de genre haut de game. Un phare, deux gardiens et une sirène : une recette minimaliste qui fonctionne. Explications.

Par Axelle Amar

Temps de lecture 5 min.

The Lighthouse

Bande Annonce

Le réalisateur de The Witch revient cette année avec un autre thriller, produit par A24, le studio phare de la décennie. Le pitch est simple : deux gardiens de phare sont bloqués sur une île à cause d’une tempête. Si d’emblée, l’atmosphère est pesante et dérangeante, le film se construit comme une descente aux enfer, où la paranoïa et la folie prennent lentement — mais sûrement — le pouvoir. Robert Eggers ouvre son film par une série de plans fixes, construits au millimètre près, mais toujours avec un détail qui dérange, comme les fondations d’un bâtiment qui n’attend que de s’écrouler. Tout s’oppose et rien ne s’équilibre. Ce huis-clos en plein air est porté par un duo antithétique mais qui fait parfaitement sens : Willem Dafoe et Robert Pattinson. Les deux acteurs se tirent mutuellement vers le haut, et si le premier n’a plus à prouver son talent, le deuxième confirme son épanouissement dans le cinéma indépendant (comme dans Good Time des frères Safdie)

The Lighthouse est un thriller psychologique qui joue avec nos sens, et surtout avec notre perception du réel. Si l’histoire est teintée de fantastique et d’inexplicable, l’utilisation de pellicules en noir et blanc rend chaque plan encore plus organique et angoissant. L’esthétique de ce film n’est pas sans rappeler Les Garçons Sauvages  de Bertrand Mandico (2017), lui aussi tourné en pellicule pour toucher de plus près au bizarre, notamment lors des scènes d’hallucinations. La bande-son assourdissante de Mark Korven s’associe aux images pour appuyer leur force sensorielle, et nous embarquer dans ce voyage psychotique.

Un cinéma qui se détache des conventions dans lesquelles le 7e art américain se retranche depuis longtemps

Auteur de genre
Robert Eggers confirme ainsi son statut de figure de proue du renouveau américain du cinéma de genre, aux coté d’Ari Aster (Midsommar, Hereditary), autre poulain horrifique du studio A24, et David Robert Mitchel (It Follows, Under The Silver Lake). Un cinéma qui se détache des conventions dans lesquelles le 7e art américain se retranche depuis longtemps, et démontre que l’originalité peut fonctionner. À la fois au scénario et à la réalisation, Robert Eggers se rattache ainsi au cinéma d’auteur, où le film n’est plus — ou moins — régit par les producteurs, et le cinéaste peut construire sa vision comme il l’entend. Un nouveau souffle pour un cinéma US qui semble de plus en plus se construire autour de la réception, et surtout des recettes, des films produits. L’accueil du public et des critiques prouve que ce cinéma de genre a une place dans le paysage cinématographique, et qu’il peut dépasser la case restreinte de la cinéphilie de niche. On attend déjà The Northman, le prochain long-métrage d’Eggers au casting étoilé — deux frère Skarsgård, Nicole Kidman et le retour de Willem Dafoe — qui, on l’espère, continuera son chemin loin des côtes balisées.

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