Relativity : Une théorie de l’amour

Présenté en compétition au festival Music&Cinema d’Aubagne,
qui s’est déplacé en ligne pour braver le confinement,
le film de l’allemande Mariko Minoguchi raconte
l’amour et la perte avec une sensibilité folle.

Par Franck Lebraly

Temps de lecture 5 min

Relativity

Bande Annonce

C’est un coup de foudre qui fait naitre l’idylle de Nora et Aron. Ces deux-là s’aiment d’un amour inconditionnel, beau et charnel. Deux créatures choisies pour respirer ensemble, et quand la lumière éclaire leurs visages, on y voit des anges. Mais le destin fragile vient rompre la quiétude de la belle histoire. Lors d’un braquage, Aron meurt en sauvant Nora. Quand la jeune femme rencontre par hasard le coupable, qui lui aussi touche le fond, le réconfort et la douleur intime se mêlent, et l’ennemi devient amant.

Premier long-métrage de la jeune munichoise Mariko Minoguchi, Relativity commence par plusieurs tableaux pris sur le vif, équilibristes, comme des plongeons, qui nous font entrer dans un ascenseur émotionnel. Plans magnifiques et solaires quand c’est l’amour ; noirs, ronds et bourrus quand le mal arrive. Tout est brut, avec le romantisme allemand en toile de fond, et l’on descend au plus près du deuil. Le deuil dans sa souffrance ultime, confidentielle, dérangeante, voire risible tellement le drame est profond.

la réalisatrice parvient
à dire le deuil avec
une rare justesse

Pourtant Relativity est une ode à la vie, aux traces qu’on laisse dans la vie de l’être aimé. Ces petits riens et gestes peut-être dérisoires, mais qui restent par-delà le manque qui, lui, est total. Le choix d’accentuer les angles des visages pour montrer l’affliction. Le choix de la lumière, rasante, en flair ou sombre comme la nuit. Le choix du montage en flash-backs et en ellipses. La musique qui monte en puissance, à base d’électro soft exponentielle… Grâce à une mise en scène qui traque les détails de l’absence, le secret même de la perte, la réalisatrice parvient à dire le deuil avec une rare justesse.

Relativity est aussi un jeu de contraire, où la perte est comblée par celui qui l’a causée. L’assassin, fautif surtout d’être le rejeton d’une société basée sur les principes les plus primaires. L’évidence n’est pas si simple dans cette histoire dont on pressent l’issue alors même qu’elle semble futile et superflue. Car ce que l’on retient par-dessus tout, c’est la complicité brisée de Nora et Aron, leur amour juvénile, insouciant. Mais tellement éphémère.

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