Oxygène, sur Netflix

Comme un soufflé

Le virtuose du cinéma de genre Alexandre Aja fait son arrivée sur Netflix avec Oxygène, un thriller claustrophobique bien dans l’ambiance du moment, où Mélanie Laurent se réveille enfermée dans un caisson cryogénique. Dommage qu’à force d’en rajouter en twists scénaristiques, le bon concept finisse par tourner court.

Par Julien Lada

Temps de lecture 5 min

Oxygène

Bande-Annonce

Quelque part dans un futur plus ou moins lointain, une femme se réveille de sa stase dans une unité cryogénique. Désorientée, paniquée, elle comprend vite qu’elle n’arrivera pas à sortir de ce sarcophage ultra-technologique seule. Pour compagnon d’infortune, elle n’a que MILO, une interface qui va l’aider à essayer de survivre. Problème : la jeune femme ne sait absolument plus qui elle est, quel est son nom, son métier, rien. Et le niveau d’oxygène dans le caisson ne cesse de diminuer…

Dans les années 2000, Alexandra Aja s’imposait en chef de file du cinéma d’horreur avec un film français devenu culte, Haute Tension, puis une série de productions hollywoodiennes, dont un très bon remake du classique de Wes Craven La Colline a des yeux. Depuis une décennie, le Français expatrié, sans tourner le dos au cinéma de genre, s’était lancé dans l’exploration de nouveaux chemins de traverse, du thriller paranormal (Horns, La 9ème vie de Louis Drax) au film-catastrophe-horrifique-avec-des-alligators-sanguinaires (Crawl). Avec Oxygène, son neuvième film, il se frotte à la science-fiction, tout en reprenant, pour la première fois depuis Haute Tension en 2003, le chemin du cinéma hexagonal et francophone. Une retour à domicile qui s’explique notamment par le contexte dans lequel le projet s’est tourné au printemps 2020, au début de la pandémie.

À l’origine, Oxygène est un projet né outre-Atlantique sous la plume de l’Américaine Christie LeBlanc. Passé sous les radars de l’industrie, le script avait figuré sur la fameuse « Blacklist », qui recense les meilleurs scénarios en manque de producteur circulant à Hollywood, avant qu’Alexandre Aja et Netflix s’en emparent. Mais alors qu’Oxygène devait se tourner aux États-Unis, l’arrivée du COVID-19 a bouleversé leurs plans. C’est finalement dans les studios d’Ivry-sur-Seine que l’équipe pose ses caméras avec un casting 100% français, mené tout de même par une actrice à l’aura internationale, Mélanie Laurent, qui reprend le rôle initialement confié à Noomi Rapace (toujours créditée comme productrice exécutive du film). Tourner coûte que coûte, quitte à changer de latitude : on comprend bien pourquoi Aja a tout fait pour mener à terme ce projet-là à ce moment-là. Avec son pitch anxiogène et claustro en diable, Oxygène se pose en cauchemar du confinement extrême. Et si le virus n’est jamais frontalement évoqué, le film est imprégné de la paranoïa sécuritaire qui sévit depuis son apparition.

« Oxygène tient avant tout sur le duo asymétrique formé par Mélanie Laurent et la voix de Mathieu Amalric »

Dans la forme, le huis clos évoque immanquablement la référence récente du genre, Buried, où Ryan Reynolds jouait un soldat américain en Irak enterré vivant et disposant de 90 minutes pour sortir de là vivant. Partant d’une matrice très similaire à celle du film de Rodrigo Cortès, Alexandre Aja, fidèle à sa démarche post-moderne, parsème le dédale mental de son héroïne de clins d’œil à divers classiques de la SF, du Gravity de Cuarón à Moon de Duncan Jones, en passant par le roman de Daniel Keyes Des Fleurs pour Algernon. Le réalisateur s’éloigne en outre d’une approche minimaliste en déployant, même dans ce décor réduit, force effets de mise en scène, redoublant de montages syncopés, de flashbacks agressifs et d’angles de caméra inconfortables. Retrouvant dans le script de LeBlanc certaines marottes de son cinéma de l’angoisse, Aja se trouve comme un poisson dans l’eau à filmer le calvaire de son personnage.

Pourtant, malgré les artifices visuels, Oxygène tient avant tout sur le duo asymétrique formé par Mélanie Laurent et la voix de Mathieu Amalric, qui donne vie (façon de parler) à MILO. Le choix de ce dernier est d’ailleurs la grande trouvaille du film : par son timbre de voix chaleureux et mielleux, l’acteur trouve le juste équilibre pour faire de cette intelligence artificielle un véritable personnage, sans tomber dans le piège de la rendre « trop humaine ». L’idée est certes très kubrickienne dans l’esprit, mais se différencie très vite d’un 2001 : L’Odyssée de l’Espace qui introduisait une méfiance, voire une défiance, dans le lien entre l’homme et l’IA, quasi-absente du film d’Aja. En refusant de faire de MILO autre chose qu’une interface purement opératoire, servant à donner des constantes vitales et lancer des processus divers, Aja évite de faire sombrer le film dans le sentimentalisme. Et nous permet de rester pleinement centrés sur la prisonnière du caisson. Dans ce rôle de chaque instant, Mélanie Laurent confirme ses prédispositions pour le cinéma de genre : après s’être amusée dans le dernier Michael Bay, 6 Underground, elle livre ici une composition habitée, jamais caricaturale malgré les émotions extrêmes traversées par son personnage.

Malheureusement, si le démarrage haletant du film se nourrit pleinement des interactions du duo, l’excès de twists, parfois un poil convenus, érode à la longue la belle authenticité des débuts, et les coutures deviennent plus grossières. Si l’on sent Alexandre Aja tenté par une relative épure, y compris sur le travail sonore mené avec son compositeur fétiche Rob, il se laisse finalement déborder par l’ambition narrative d’un script initial qui aurait gagné à être défriché. Et Oxygène s’étouffe à chercher la formule du grand-œuvre, plutôt que de rester la série B nerveuse qui nous aurait suffi.

Oxygène, disponible sur Netflix à partir du 12 mai

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