Golden Age

Dans son dernier film, Tarantino met les gaz sur la planète Hollywood des années 60
et n’hésite pas à réveiller les morts.
Retour sur un film au parfum de nostalgie redoutable.

 Par Jacques Braunstein

Temps de lecture 4 min.

Once Upon a Time… in Hollywood

Bande Annonce

Dans Once Upon a Time… In Hollywood, Quentin Tarantino ressuscite le Hollywood de l’âge d’or à quelques mois de la chute de son Empire. Il le fait à travers le destin d’un acteur de série un peu trop porté sur la bouteille (Rick Dalton/ Leonardo DiCaprio) et de son ami, cascadeur et homme à tout faire (Cliff Booth/ Brad Pitt). Un autre monde est en train de naître : les hippies traînent sur le Strip, on propose à l’acteur d’aller tourner des westerns spaghetti à Rome et la maison voisine de la sienne est occupée par Roman Polanski, nouvelle coqueluche européenne de l’industrie, et sa ravissante femme et actrice (Sharon Tate/ Margot Robbie).

On l’aura compris, le film s’inspire du meurtre de cette dernière, par la Famille Manson, qu’il revisite et dynamite d’un même mouvement. Ce qui est fascinant, c’est la reconstitution du Los Angeles des sixties (et notamment de sa circulation pleine de grosses américaines rutilantes et de bolides européens (dont on peut voir un aperçu ici ). Mais surtout l’accumulation virtuose de films dans le film, de séries, bandes-annonces, reportages d’époques, scènes de tournages, affiches et d’artefacts vintages qui ne sonnent jamais tocs…

Tarantino semble ne pas choisir
entre l’ancien et le nouvel Hollywood

Moins bavard et moins efficace que les Tarantino précédents (sauf dans sa scène finale que nous ne révélerons pas), c’est une balade dans le passé et on aime y flâner. D’autant plus à l’aise que dans la version qui sort aujourd’hui le réalisateur a ajouté quelques scènes par rapport à la version projetée à Cannes. Comme celle dans laquelle Sharon Tate roule en Porsche 911 noire sur les Highways ou encore celle où l’on voit Rick Dalton passant des essais pour La Grande Évasion. Tarantino semble ne pas choisir entre l’ancien et le Nouvel Hollywood… Même si l’on soupçonne que le premier le rend encore plus nostalgique comme le démontre la liste de film à voir ou revoir que le réalisateur a publié pour accompagner la sortie de son film.

On inscrit plus volontiers l’œuvre de Tarantino dans la filiation du Nouvel Hollywood et c’est d’autant plus savoureux de voir DiCaprio traiter un hippie de « Denis Hooper », le réalisateur de Easy Rider, considéré comme un des films qui a révolutionné le cinéma américain. Et il en profite pour établir des filiations que l’on n’imaginait pas. Le réalisateur qu’on sait dingue de cinéma en salle (il en possède une à Los Angeles) et de pellicule 70 mn (ce film sort sur quelques écrans français dans ce format), montre ici un goût et une nostalgie des séries dans années 50 et 60 comme Au nom de la Loi et Le Frelon Vert. Son avant dernier film, Les Huit Salopards est d’ailleurs actuellement proposé sous forme de mini-série (avec 20 mn supplémentaires) sur Netflix USA.

La fin de Once Upon A Time… In Hollywood comme celles d’Inglourious Basterds et Django Unchained ont déjà fait couler beaucoup d’encre. Ses contempteurs l’accusant une fois encore de réécrire l’histoire. Mais l’histoire survivra aux films de Tarantino, pour le meilleur comme pour le pire. La mission que le réalisateur attribue au cinéma est beaucoup plus globale. Pour lui le cinéma est là pour réparer là vie. De même qu’on se réfugie dans les salles obscures pour oublier ce qui ne va pas dans notre quotidien, dans Once Upon A Time… In Hollywood, Los Angeles a toujours ses couleurs de 1969, les studios sont toujours là et l’ancien et le Nouvel Hollywood se retrouve autour d’un verre pour imaginer un cinéma rêvé dont Tarantino ne serait qu’un des très nombreux enfants. Et pas le virtuose solitaire qu’il est aujourd’hui.

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