Midsommar – Ari, un ami qui vous veut du mal

Crise de couple et dérive sectaires…
Après Hérédité, Ari Aster explore à nouveau la nature humaine
avec cette pointe de cruauté qui est sa marque de fabrique.

Par Perrine Quennesson

Temps de lecture 4 min.

Midsommar

Bande Annonce

On avait laissé Ari Aster en juin 2018 avec Hérédité [https://www.youtube.com/watch?v=C7I6CioIi6Q], sa famille traumatisée par une mort accidentelle et la dérive sectaire qui s’en suit. On retrouve cet été le jeune réalisateur américain (31 ans) avec Midsommar. Toujours en train de maltraiter ses personnages et de les embrigader dans des cultes, cette fois-ci aux confins de la Scandinavie. S’il ne cherche pas à caresser le spectateur dans le sens du poil, Ari Aster a au moins le mérite d’être cohérent.

une autre sensation, sous-jacente dans son premier film et développé ici : le malaise.

Dans Midsommar, Dani et Christian sont au bord de la rupture. Mais quand une terrible tragédie touche la famille de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la quitter et lui propose de partir avec lui et ses amis en Suède, découvrir un étrange festival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans. Sur le papier, l’idée est plutôt bonne. Une fois parvenus dans le coin reculé du pays où se déroule l’événement, l’ambiance s’avère de plus en plus oppressante.

Midsommar prolonge d’abord les questions que posait Hérédité, à savoir comment se remettre du traumatisme. Par quoi faut-il passer ? Quelles sont les étapes et les conséquences du choc sur le corps et l’esprit ? Aucune réponse facile n’est donnée, juste des pistes plus ou moins chaotiques. Mais ce n’est pas la seule matière traitée, il est aussi question du complexe de supériorité américain. Quand Christian et ses deux amis, tous anthropologues, débarquent dans cette petite bourgade aux rites païens ancestraux, ils arrivent avec tout leur bagage universitaire et cet air faux d’ouverture à l’autre qu’ils regardent en réalité comme un animal dans son milieu naturel. Enfin, le couple est le troisième objet de Midsommar. Véritable pivot central du film, source des problèmes et cœur du malaise : quelle est la bonne attitude vis à vis de l’autre ? Comment lui pardonner de ne pas comprendre et partager ce qui se passe en soi ? Pourquoi la souffrance n’est-elle pas transmissible ?

Ces trois thématiques bien différentes Ari Aster parvient à les entremêler avec un talent de narrateur mais surtout de metteur en scène. Si Hérédité travaillait la terreur, il développe ici une autre sensation, sous-jacente dans son premier film : le malaise.

Évidemment les questions du collectif, de l’embrigadement et de la dérive sectaire sont évoquées, mais de manière périphérique aux trois autres thèmes qu’elles viennent nourrir. Et c’est ce que l’on peut reprocher à Midsommar : une volonté de trop en faire, un aspect fourre-tout où certains éléments, peu nécessaires, viennent dissoudre l’attention. Mais qu’importe, face à la maestria de la réalisation, faussement chaleureuse et véritablement millimétrée qui fait croître à chaque minute une incommodité réflexive, et donc salutaire. L’horreur est morte, vive le malaise. Amen Aster.

  • Midsommar
  • Ara Aster

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