Le traître – Une affaire de familles

Portrait du premier repenti de la Cosa Nostra, Tommaso Bruscettaco, le film de Marco Bellocchio offre à Pierfrancesco Favino (Romenzo Criminal, Suburra) un rôle de mafieux complexe comme il les aime. Interview

Par Franck Lebraly

Temps de lecture 3 min.

Il Traditore

Interview

Qui aurait cru que l’histoire de la mafia -et plus précisément celle de Cosa Nostra sicilienne- soit secouée en ses terres par son propre chef. Quand Toto Riina, chef de clan de Corleone décide d’empiéter sur les quartiers de Palerme, au début des années 80, il lance une guerre sans précédent qui mettra la Sicile à feu et à sang. Une vague de violences et de meurtres qui signa le déclin de l’organisation.

Buscetta fascine autant qu’il fait peur,
caméléon, phœnix, il est le mal puis le sauveur

Quand le parrain Tommaso Buscetta, en désaccord avec Riina, s’exile au Brésil et s’offre une nouvelle vie, sa famille sicilienne se fait décimer sous les ordres de la « bestia ». Mais la famille est sacrée, et c’est ce qu’on ressent dès l’intro du film, digne du Parrain (Coppola, 1972) comme pendant la Sainte Rita (fête religieuse majeure en Sicile) où les mafieux entament danses et accolades, embrassant la vierge tout en gardant leur flingue sur le chœur. Une photo de famille ou les membres nous sont présentés sous le flash d’un vieil appareil sauf Riina dont les clichés sont rares.
Extradé du Brésil, Buscetta décide de rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra. S’engage alors le Maxi Procès, qui jugera 475 personnes. Un tribunal avec des cellules attenant à la prison construit pour l’occasion. L’Italie regarde l’évènement à la télévision comme une série, ou Buscetta, contre Riina enterre peu à peu le mythe de la mafia.

Le film suit la chronologie, et à part une narration monocorde, car on aurait aimé plus de sauts dans le temps, plus de flashback, on n’oublie pas la réalisation « locale », loin d’Hollywood, de Scorsece et Coppola. Buscetta fascine autant qu’il fait peur, caméléon, phœnix, il est le mal puis le sauveur. Habitué à une vie de faste, il se résigne à une vie de témoins sous protection aux US, père de famille aux fourneaux pendant que sa femme ramène le seul salaire. En multipliant les allers retours en Sicile comme témoin clé, il devient le traitre, l’homme à abattre, son nom doit s’effacer, ses proches disparaitrent, jusqu’à l’extinction de sa lignée. Durant des échanges dignes de la comédia dell’arte en sicilien, les condamnés sont des pantins, et ils s’agitent comme ils peuvent au nom d’un honneur bafoué.

En sélection officielle à Cannes en 2019, tout est bien documenté et Bellocchio a savamment pris le temps de préparer son retour après 3 ans d’absence. Réalisation sobre, qui nous laisse dans notre songe, spectateur passif face à une vérité animale. Pierfrancesco Favino s’impose comme un acteur surdoué, et on comprend son aura internationale. Seul défaut du film, par moment on se perd entre cinéma et réalité. Depuis la mort de Riina en 2017, docs, séries, et films traitant de Cosa Nostra se multiplient, sur Arte (Corleone, le parrain des parrains) Netflix (Notre Parrain, sur Buscetta) au ciné ou vu à la Mostra de Venise (La Mafia Non è Più Quella di una Volta) à croire que l’omerta se lève peu à peu.

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