L’Âme des Guerriers – Haka à part

Le premier film de Lee Tamahori sorti en 1994, est souvent considéré
comme le meilleur film néo-zélandais de tous les temps. Explications.

Par  Rod Glacial

Temps de lecture 3 min.

L’Âme des Guerriers

Bande-Annonce

Sud d’Auckland. Le jeune Boogie se fait choper par les flics en train de fumer de l’herbe dans un des nombreux taudis du coin, sur fond de rap old school et de reggae. Nous ne sommes pas dans un épisode de Hartley, cœurs à vif mais bien dans un drama stylisé, rythmé, aux plans léchés. Les deux policiers, blancs, le reconduisent dans sa famille, Jake, Beth Heke et leur cinq enfants, descendants de Maoris. Ici, la terre ancestrale a été remplacée par des HLM insalubres, le décor naturel par des décharges auto, et la tribu consiste désormais en des grappes de motards, saouls, et des enfants livrés à eux-mêmes, sniffant de la colle. Ce tableau digne d’une série B urbaine des années 80 (voir Ozploitation) renvoie une réalité plus brutale : l’apartheid racial et social.

Après avoir bossé durant des années pour les autres, notamment sur les premiers films de Geoff Murphy (Goodbye Pork Pie, Utu, Le Dernier survivant), véritable pierre angulaire du cinéma néo-zélandais, Lee Tahamori enfile enfin la casquette de réalisateur en 1994. A partir d’un livre du journaliste Alan Duff paru en 1990, Tamahori dresse un portrait crasseux de la société de l’époque, considéré par nombre de ses compatriotes comme le meilleur film néo-zélandais de tous les temps.

Tamahori dresse un portrait crasseux de la société de l’époque

Notamment en raison de la richesse des lignes narratives que développe L’Âme des Guerriers (Once Were Warriors). Dans une quête perpétuelle de repères, Boogie, le fils cadet, est envoyé dans un foyer où il redécouvre son identité via le haka ; le fils aîné, Nig, s’en trouve une nouvelle en rejoignant un gang branché tatouages, forcément, ce qui nous vaut une scène d’intronisation digne des Guerriers de la nuit et de Mad Max. La fille aînée, elle, veille sur les deux derniers et se réfugie dans l’écriture ; tous les moyens sont bons pour échapper au climat familial anxiogène et aux beuveries continuelles à la maison. Jugés inaptes à l’éducation de leurs propres enfants, le père, affreux et violent, et la mère, prise au piège –le personnage le plus fort et fier de l’histoire, vont sombrer dans une spirale infernale. Le film, malgré quelques éclaircies et interludes musicaux, se résume ensuite en une rapide descente aux enfers, entre désespoir, alcoolisme, pauvreté, violence conjugale, viol et suicide.

Dur, triste, et pourtant loin d’être moralisateur ou misérabiliste, Tamahori pose aussi beaucoup de questions sur le sort de ces populations, la conservation de leur héritage et de leur identité, notamment autour du rôle du père – parfois un peu caricatural – qui est à la fois déconsidéré par la société néo-zélandaise et jugé esclave par la famille traditionnelle de sa femme. L’Âme des guerriers connaîtra une suite, en 1999, qui ne sera pas réalisée par Lee Tahamori, celui-ci ayant émigré à Hollywood pour usiner des films noirs et, un peu plus tard, un James Bond, Meurs un autre jour (2002). Mais ceci est une autre histoire.

Ressortie en salles le 27 novembre en version restaurée, et disponible sur OCS.

  • L’Âme des Guerriers
  • Lee Tamahori

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