17 Blocks

Dans 17 Blocks, documentaire mashup présenté au Champs-Elysées Film Festival, le journaliste Davy Rothbart retrace 20 ans de la vie d’une famille afro-américaine, entre violence, drogue et inégalités. Un film coup de poing, qui fait écho à la crise à laquelle les États-Unis font face aujourd’hui.

Par Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min.

17 blocks

Trailer

Un jour de 1999, un gamin de 9 ans, Emmanuel Sanford-Durant, joue au basket avec son frère sur un terrain de Washington D.C., situé à seulement 17 pâtés de maison du Capitole, dans l’un des quartiers les plus dangereux du pays. Davy Rothbart les y rejoint et les trois garçons sympathisent immédiatement. Cette amitié amènera Davy à partager avec Emmanuel sa passion pour l’image. Caméra en main, le jeune homme commence à filmer la vie de sa famille. Son frère dealer, Smurf ; sa sœur Denice, aspirante policière ; sa mère Cheryl, qui élève seule les trois enfants et se bat elle-même avec la toxicomanie… Dix ans plus tard, Emmanuel, qui n’a jamais cessé d’enregistrer son quotidien dans sa boîte noire et s’apprête à épouser sa fiancée, est pris à partie dans une affaire de drogue et meurt assassiné. Sa mère confie alors ses centaines de rushes à Davy Rothbart, revenu dans le coin pour pleurer son ami et apporter son soutien à sa seconde famille. Comme si Cheryl souhaitait faire de la mort de son fils une déclaration. Le début d’un combat individuel et collectif.

Davy Rothbart assemble les archives tournées par Emmanuel et d’autres images de famille couvrant deux décennies, pour composer un documentaire positif sur la capacité de résilience d’un lignée endeuillée mais solidaire. 17 Blocks contient pourtant un autre documentaire, beaucoup plus sombre. Un témoignage sur la réalité de la haine raciale qui gangrène encore et toujours les États-Unis. Ce racisme endémique hérité de l’esclavage et la ségrégation, qui pousse aujourd’hui des millions d’Américains à descendre dans la rue pour protester contre l’assassinat de George Floyd par un policier de Minneapolis.

« 17 Blocks est avant tout
« une histoire d’amour » »

Les violences policières ne sont pas au cœur de ce documentaire. Mais la brutalité des images collectées par Emmanuel Sanford-Durant et mises en forme par son ami d’enfance mettent en évidence l’origine du problème : la concentration dans certains quartiers de minorités laissées pour compte. Dans les pas d’Ava DuVernay dans son documentaire Le 13e, qui démontre les liens entre les inégalités sociales et l’incarcération de masse des Afro-américains, 17 Blocks fait le portrait de personnes poussés dans leurs retranchements par une société qui les réfute. Face à cette fracture, la frustration grandie et prend peu à peu la forme d’une violence qui s’exprime contre les autres, sous forme de criminalité, ou contre soi-même, dans les drogues et l’autodestruction. Survivre en rendant coup pour coup, ou se laisser couler dans l’oubli.

Davy Rothbart insiste malgré tout : pour lui, 17 Blocks est avant tout « une histoire d’amour ». Une romance sur les liens familiaux et amicaux qui permettent de se battre au quotidien et survivent même à la mort. La famille Sanford-Durant dénombre désormais les petits-enfants de Cheryl, qui ont l’âge qu’avait Emmanuel lorsqu’il se saisit pour la première fois de son arme de poing à lui : la caméra.

17 Blocks, de Davy Rothbart, présenté en compétition officielle au Champs-Elysées Film Festival le mercredi 10 Juin à partir de 18h.

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