Festival International du film fantastique de Gérardmer

Films à maman

Les trois premiers films qui concourent cette année en compétition au festival de Gérardmer sont tous obsédés par la maternité. Centrale dans le cinéma d’horreur, la figure de la mère ne serait-elle pas en train de devenir un cliché qu’on se transmet de génération en génération ? Réponse à chaud.

Par Juliette Cordesse

Temps de lecture 5 min

Sleep, de l’Allemand Michael Venus, l’histoire d’une fille et sa mère sur fond de rêve et de vengeance ; Sweet River, de Justin McMillan, récit venu d’Australie sur une femme qui a perdu son enfant ; The Other Side, de Tord Danielsson et Oskar Mellander, film de maison hantée suédois sur une mère « adoptive » : les trois nouveaux nés du Festival de Gérardmer 2021 n’ont que le mot « maman » à la bouche. De Alien à Rosemary’s Baby, de Baby Blood à Les Autres, le cinéma d’horreur regorge de mères borderline ou monstrueuses. Cette dernière décennie, la machine s’est emballée avec un déluge de films, certains passionnants – comme We Need to talk about Kevin de Lynne Ramsay (2011), Mama d’Andrés Muschietti (2013), Mister Babadook de Jennifer Kent (2014), ou Hérédité d’Ari Aster (2018) – où la maternité était dépeinte sous l’angle du courage, de l’abnégation, voire du sacrifice pour son enfant. C’est plutôt dans cette veine que s’inscrivent Sleep, Sweet River et The Other Side. Trois premiers longs en forme de portraits de mères, trois histoires de deuil… et trois films un peu écrasés par leurs références. Le simple fait qu’ils se ressemblent tellement malgré leurs origines différentes semble témoigner de l’assèchement d’un motif. Une petit impression de surexploitation donc, même si chacun, par endroit, parvient à trouver sa singularité. Passage en revue.

Sleep

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Sleep : la maternité comme solidarité féminine

Dans Sleep, c’est la fille, Mona, la vingtaine, qui prend soin de sa mère Marlene, sujette à de très violents cauchemars. Quand un soir, dans un mystérieux hôtel, Marlene se retrouve paralysée par un nouveau rêve, Mona se transforme en enquêtrice pour tenter de la sauver. En inversant les responsabilités, le film de Michael Venus, sorte de réécriture féministe de Shining, met en évidence l’impact des brutalités masculines sur les généalogies, perturbées ou rendues incomplètes par la violence et les féminicides. Autant de traumatismes qui font grandir trop ou pas assez vite. La figure maternelle n’est plus ici synonyme de protection absolue, mais elle apparaît comme une alter-ego dans le grand cycle de la violence faites aux femmes. Jusqu’à ce qu’une fille décide de briser la répétition… Une belle idée originale, pour le film le plus réussi des trois.

Sweet River

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Sweet River : la maternité après le deuil d’un enfant

Hanna, une Anglaise souffrant d’alcoolisme et de dépression, s’installe dans un village australien poisseux avec l’intention de retrouver le corps de son fils, enlevé par un tueur en séries, pour pouvoir enfin reconstruire sa vie. Dans cette bourgade entouré de champs de canne à sucre, elle se heurte à un autre deuil, celui des habitants du coin, dont les enfants ont été tués dans un accident de bus. En confrontant celle qui veut oublier et ceux qui refusent de laisser partir leurs fantômes, le film de Justin McMillan dessine une figure de mère qui se donne le droit de passer à autre chose. Insistant (parfois lourdement) sur l’émotion plutôt que sur la peur, Sweet River a néanmoins l’audace de transgresser l’idée qu’une mère ne pourrait pas survivre à la mort de son enfant.

The Other Side

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The Other Side : l’apprentissage de la maternité

Shirin voudrait être la belle-mère idéale pour Lucas, le fils de son compagnon. Mais lorsque la famille recomposée s’installe dans une maison mitoyenne, et que le père la laisse seule avec le petit garçon pour aller travailler, la jeune femme est confrontée à l’apparition de créatures malveillantes qui brutalisent Lucas. Ce personnage d’apprentie maman, qui se rend compte de l’amour qu’elle porte à un enfant en découvrant ce qu’elle est prête à faire pour lui, interroge la question de l’instinct maternel, l’idée que toutes les femmes seraient instantanément des mères parfaites, et le poids qui pèse sur elles pour maintenir le ciment du foyer. Dans le film de Tord Danielsson et Oskar, la maternité est au contraire un processus jalonné de doutes et d’erreurs. Même si The Other Side est un peu répétitif dans son exécution, son message est libérateur.

 Accès aux films  sur la plateforme du festival : https://online.festival-gerardmer.com/

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