Le Tigre du Bengale &  Le Tombeau Hindou- Le temple maudit

Films testament de Fritz Lang, ce diptyque à grand spectacle de 1959 ressort en version restaurée.
Un chef-d’œuvre baroque qui a inspiré bien des réalisateurs de blockbusters.
Explications.

Par Jacques Braunstein

Temps de lecture 3 min.

Fritz Lang

Bande Annonce

Ce chef-d’œuvre baroque en deux parties raconte les amours contrariés d’un architecte allemand et d’une danseuse sacrée indienne. Chargé par le Maharadjah d’Eschnapur de lui construire un hôpital moderne, Harold Berger tombe amoureux de Seetha (Debra Paget) que celui-ci convoite. Le maharadja, figure de super vilain faussement philosophe et progressiste qui évoque tous les dictateurs du XXe siècle, va décider pour se venger d’emmurer vivants les amoureux dans les caves de l’édifice qui deviendra Le tombeau Hindou, donnant son titre à la seconde partie du film.

Aussi kitsch et démonstratif
qu’un film de Bollywood

Technicolor saturé et flamboyant, chasse au tigre et danses sensuelles, transes et grands sentiments, labyrinthes qui ont inspiré Indiana Jones et le Temple maudit, et se révèlent remplis de lépreux… Aussi kitsch et démonstratif qu’un film de Bollywood ou une superproduction chinoise contemporaine, Le Tigre du Bengale & Le Tombeau Hindou* ont tout du divertissement grand public.

Et c’est presque avec étonnement qu’on découvre qu’ils sont signés Fritz Lang, et même que ce sont ses films testaments (à l’exception d’une nouvelle version du Docteur Mabuse en 1960). Un projet qui lui tenait à cœur puisqu’il avait co-écrit et avait voulu en diriger leurs premières versions en 1921. Rentré en Allemagne en 1956 après plus 20 ans à Hollywood, Lang peut enfin mettre en chantier ce projet à grand spectacle qu’on aurait pourtant plus facilement imaginé être produit Outre-Atlantique.

Ce diptyque jette un regard inédit sur l’ensemble de l’œuvre de Lang. Le réalisateur de Metropolis considéré comme la figure marquante de l’expressionnisme au cinéma, le réalisateur adulé par Godard (qui le fait jouer dans Le Mépris), aspirait peut-être à être un grand conteur, un magicien quelque part entre Méliès et Steven Spielberg. Mais son destin marqué par l’histoire dessine un tout autre réalisateur. La montée du nazisme (illustré par M Le Maudit), la paranoïa du maccarthysme lorsqu’il travaillait aux États-Unis (qui transparaît dans Les Contrebandiers du Moofleet…) ont fait de lui le père de David Lynch ou Tim Burton.

*Egalement disponibles en Blue Ray chez Wild Side

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