Retrospective Milos Forman – Vol au dessus d’un nid de coco

Les quatre premiers films tchèques de Miloš Forman
ressortent en version restaurée. L’occasion de redécouvrir
un réalisateur libre et impertinent, aux antipodes de ce qu’on imagine
du cinéma du bloc de l’Est.

Par  Quentin Moyon et Jacques Braunstein

Temps de lecture 5 min.

Milos Forman

retrospective

Avec Polanski et quelques autres, ils ont été le pendant de la nouvelle vague de l’autre côté du rideau fer. Quatre œuvres de jeunesse de Miloš Forman  tournées en Tchécoslovaquie de 1963 à 1967 (L’Audition ; L’As de Pique ; Les amours d’une blonde ; Au feu, les pompiers !) ressortent aujourd’hui en version restauré…

Né en 1932, devenu orphelin pendant la guerre, Forman est diplômé de l’école de cinéma de Prague. Dès ses premiers courts métrages, ses films ne ressemblent guère au réalisme socialiste qui donne le La du cinéma des pays communistes au début des années 60. Dès L’Audition (1963), il penche plus vers la satire sociale mâtinée de féminisme. Ce premier film de la rétrospective se compose de deux moyens métrages interprétés par des acteurs non professionnels, et empreinte les codes du documentaire. Le premier nous invite à suivre le parcours de Blumental et Vlada, deux adolescents appartenant à des fanfares locales. Alors que le concours approche les deux jeunes préfèrent assister à une course de motos. Le deuxième est une plongée dans le concours visant à désigner les jeunes chanteuses qui vont intégrer un théâtre de Prague. Parmi la foule de candidats, Miloš Forman suit les aventures d’une chanteuse semi-professionnelle et d’une jeune esthéticienne concourant pendant ses heures de travail… On n’est pas si loin de The Voice, et on pense également à Cold War de Paweł Pawlikowski, présenté à Cannes en 2018. L’Audition est une plongée dans l’absurdité de la vie quotidienne des tchèques de l’époque. La description de phénomènes de sélection cruels qui se dévoilent de véritables exutoires à une frustration plus profonde.

On boit, on danse,
on drague
et les corps sont libres.

L’As de Pique et Les amours d’une blonde, ses deux premiers long métrages forment une sorte de diptyque qui explore les mêmes thématiques. Le premier montre un apprenti désœuvré incapable de séduire une jeune fille. Alors que le second, au contraire, s’attache au parcours d’une étudiante qui plait un peu trop aux hommes. On y découvre une Tchécoslovaquie relativement prospère et une jeunesse affranchie dont la construction du communisme est le cadet des soucis. Dans la lignée du Monica de Bergman ou de films de la nouvelle vague française comme Les 400 coups de Truffaut ou Adieu Philippine de Jacques Rozier. On y boit, on y danse, on y drague et les corps sont libres. Les amours d’une blonde  s’offre même un scène de nudité, certes graphique et détournée : le corps de Hanna Brejchova est dissimulée par la tête d’un garçon posée sur son pubis alors qu’elle sert les bras sur ses seins…

Le dernier film de Miloš Forman dans son pays d’origine Au Feu Les Pompiers (1967) est aussi son premier film en couleur. Un brulot satirique anti conformiste et toujours travaillé par le féminisme. Ce quasi huis-clos se déroule lors du bal annuel des pompiers dans la petite ville de Vrchlabí. Entre le président d’honneur des pompiers atteint d’un cancer (sans le savoir) et le concours de beauté raté de Miss Pompier, l’événement est un échec complet qui atteindra son apothéose avec un incendie. Comédie chaplinesque aux gags assez simplistes doublé d’un drame engagé lorsque la parabole politique se dévoile.

L’année suivante, Miloš Forman passe à l’Ouest. Au moment de la répression du Printemps de Prague par les troupes soviétiques, il est à Londres et ne rentrera plus dans son pays qui considère désormais son cinéma comme un « symptôme de la dégénérescence du système socialiste qui sévit en Tchécoslovaquie », qui servira de justification à l’intervention militaire du Pacte de Varsovie.

Arrivé aux États-Unis, Forman réalise Taking Off (1971), consacré aux enfants fugueurs des années hippies, un film qui prolonge du côté occidental son constat sur l’incommunicabilité entre les générations. Le film est un échec, mais il attire l’attention du jeune producteur Michael Douglas qui lui propose d’adapter Vol au-dessus d‘un Nid de Coucou avec lequel ils remporteront cinq Oscars en 1976, dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Jack Nicholson.

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