Festival de Cannes, Jour 3

Natural born Kilmer

On se demandait où était passé Val Kilmer, figure incontournable du cinéma U.S. des années 80-90. Atteint d’un cancer du larynx qui handicape son élocution, l’acteur est au centre d’un documentaire sur son parcours. Où l’on découvre l’homme derrière la star.

Par Julien Lada

8 juillet 2021
Temps de lecture 5 min

Val

Bande-Annonce

Étrange paradoxe que la longue et pléthorique carrière de Val Kilmer. Acteur précieux mais connu pour son caractère de cochon, il porte une filmographie remplie de films et de rôles culte, mais aussi de quelques flamboyants échecs. Chacun a son Val. Il y a celui que les ados des années 80 ont découvert torse lustré en partenaire de volley-ball (et accessoirement pilote de chasse) aux côtés de Tom Cruise dans Top Gun, ou en bandit de grand chemin dans Willow. Il y a la star montante du début des nineties, pétaradant dans Cœur de Tonnerre, Tombstone, Heat et bien sûr The Doors, de son copain Oliver Stone. Mais il y eut aussi celui qui rata le passage à l’échelon superstar avec les flops de Batman Forever, L’Île du docteur Moreau ou encore l’adaptation moderne du Saint par Philip Noyce. Et enfin, le Val d’après, de retour chez ses amis Stone ou Tony Scott, ou apportant sa présence magnétique et fragile à une litanie de fours commerciaux assez injustes (du Bad Lieutenant de Werner Herzog au Twixt de Coppola).

De presque gloire en semi-come-back, Val Kilmer reste l’un de ces acteurs dont le simple caméo peut ravir l’attention d’un film entier, comme en témoigne son apparition électrique et possédée dans Song to Song de Terrence Malick. Ces dernières années malheureusement, son actualité s’est inscrite davantage dans les colonnes de l’actu people que dans celles de l’industrie hollywoodienne. Diagnostiqué d’un cancer du larynx en 2015, l’acteur s’est fait depuis plus rare sur les écrans – même si on l’attend en novembre dans la suite du film qui a fait de lui une star, Top Gun : Maverick. La présence à Cannes d’un documentaire constitué en grande partie d’archives personnelles, montré dans la nouvelle section Cannes Première, représentait donc pour les plus américanophiles des festivaliers un rendez-vous spécial, à ne surtout pas manquer.

La réalisation de Val est assurée par les monteurs Leo Scott (qui avait déjà travaillé avec Kilmer sur Palo Alto de Gia Coppola) et Ting Poo. Mais c’est surtout l’implication de l’acteur lui-même, et au-delà de toute sa famille, qui donne au film sa nécessité. Entre les images piochées parmi des milliers d’heures d’archives sur sa vie et sa carrière, et les séquences de son nouveau quotidien entre sa Californie natale, son Nouveau Mexique d’adoption, et le Texas de ses racines, Val met au cœur de sa narration les problèmes de santé endurés par l’acteur. La trachée désormais obstruée par un tube qui lui permet de respirer et de manger (mais pas les deux en même temps), Val Kilmer ne peut plus s’exprimer qu’au prix de grands efforts, avec une voix parfois difficilement intelligible. Alors pour commenter son histoire, c’est son fils Jack qui prend le relais, le documentaire faisant également la part belle à sa fille Mercedes, elle aussi née de son union avec l’actrice Joanne Whalley. Les enfants parlent pour leur père, et le concept est à la fois simple et fort.

Le film trouve également sa forme en écho aux collages auxquels se consacre désormais Val Kilmer, qui s’est plongé dans les arts plastiques depuis son cancer. Fait d’allers et retours entre passé et présent, Val adopte un storytelling très américain et une esthétique rétro, saturée de musique cool, qui joue sur les formats (de la Super 8 à l’écran vertical d’iPhone en passant par le grain de la VHS), où l’on retrouve le style de prédilection de sa boîte de production et de distribution, la très hype A24 (Under The Silver Lake, Midsommar, Uncut Gems…). Le procédé peut paraître artificiel, voire épuisant, particulièrement quand le documentaire ne fait que survoler certains pans de la carrière de l’acteur. Mais Val est sauvé par une certaine forme de candeur, particulièrement quand Kilmer s’ouvre sur les grands échecs et drames de sa vie.

La mort de son frère et modèle à l’âge de 15 ans, celle de sa mère en 2019, alors que l’acteur était en rémission, et entre ces deux repères tragiques, d’autres deuils plus symboliques, ceux de ses rêves d’enfant : revêtir le costume de Batman et jouer aux côtés d’une de ses idoles, Marlon Brando. Des rêves qu’il réalisa, mais pas sans désillusion… et les passages consacrés aux flops successifs de Batman Forever et de L’île du docteur Moreau sont les meilleurs du documentaire. On retient notamment l’engueulade homérique de Val Kilmer avec John Frankenheimer, appelé pour remplacer au pied levé Richard Stanley à la réalisation de l’adaptation du roman d’H.G. Wells , et complètement dépassé par les caprices de Brando et les dépassements d’agenda et de budget. Jouant uniquement sur le hors caméra et le temps long de l’archive authentique, la restitution de cette scène est l’un des plus beaux moments du film.

On aurait aimé que Val ait plus souvent recours à cette simplicité. Mais malgré ses artifices, le portrait qu’il dessine en creux d’un homme bien décidé à faire le bilan de son parcours de comédien sans en faire son propre testament, pétri d’un amour profond de la vie qu’il a vécu et qui lui reste à vivre, reste saisissant et émouvant. Il fissure l’image de la star colérique et de la diva capricieuse qui lui collait à la peau, et nous laisse avant tout voir un homme qui contrairement à tous ses prestigieux contemporains cités un à un à l’écran, n’a jamais trouvé le rôle qui lui apporterait la pleine satisfaction de son art, ou plutôt qui l’a trouvé au moment où il a dû y renoncer.

Val, prochainement en salle

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