Crestone

Présenté au Champs-Elysées Film Festival 2020, le premier long-métrage de la réalisatrice
américaine Marnie Ellen Hertzler nous invite à rencontrer un groupe de rappeurs réfugié
loin de la ville dans les étendues du désert du Colorado. Un splendide
semi-documentaire à la recherche du temps perdu.

Par Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min.

Crestone

Trailer

Une floppée d’images floutées, colorisées, et d’éléments de décor s’enchaînent. La voix calme et informative d’une narratrice, qui n’est autre que la réalisatrice du film Marnie Ellen Hertzler, commente ce que l’on voit et pose le contexte. Ce film est tourné entre amis. Des amis qui ont fui l’affluence des grandes villes pour rapper, philosopher, instagrammer et prendre soin les uns des autres dans la ville de Crestone, au milieu du désert du Colorado. Ce collectif de rappeurs se nomme DeadGod.

Le montage proposé par la cinéaste, que l’on apercevra aussi à l’écran, nous mène d’abord à la rencontre de chacun des protagonistes. Champloo Sloppy, dont le style rappelle le rappeur au visage tatoué Post Malone, s’affirme vite comme le leader du groupe. Ses escapades avec SadBoyTrapps, par l’entremise duquel la réalisatrice est entrée dans le cercle, sont l’occasion d’observer les liens d’amitié qui les unissent. S’ajoutent à ce duo HighMyNameIsRian, également artiste-peintre, Benz Rowm ou encore Mijo Mehico… Chacun son style, son origine et sa raison d’être là. Peu importe finalement, là n’est pas la question. Le propos de ce film est ailleurs, dans l’hybridation des formes.

« Le film accroche l’œil par sa beauté visuelle difforme »

Au carcan documentaire s’ajoutent en effet des aventures scénarisées, deux clips vidéo, une scène de film d’horreur, et quelques plans planants quasi-expérimentaux. Crestone est un patchwork d’idées. Un feu d’artifice de styles. Une réflexion en cours. Il a été pensé pour illustrer une démarche philosophique, entre la déconnexion du monde et l’hyper-connexion. Car il y a un paradoxe au cœur de la démarche de ces ermites d’un nouveau genre : ils vivent loin de tout mais passent beaucoup de temps à poster sur les réseaux sociaux, à gérer leur image publique, et à se nourrir abondamment de pop culture. À l’image de HighMyNameIsRian peignant le lapin maléfique de Donnie Darko, ou de Champloo Sloppy citant Avatar, Ace Ventura ou Adventureland. Leur isolement dans le désert du Colorado n’aurait donc pas pour but de mettre en application la pensée de Thoreau, philosophe du retour à la nature et pionnier de l’écologie ? Leur choix de vie est-il un acte marketing ? Ou une nouvelle manière de penser le monde ?

L’introduction d’une seconde voix off, en la personne d’un pilote de drone membre du groupe, complexifie encore la narration tout en donnant un début de réponse. La singularité de Crestone, c’est justement de faire cohabiter de manière abrupte des moments de vie choisis ça et là, des morceaux de voix et d’images, parfois contradictoires et sans lien direct, mais qui forment malgré tout une cohérence esthétique et peut-être même existentielle. Une vision holistique dans un monde où règnent l’individualisme et l’unicité.

Le film accroche l’œil par sa beauté visuelle difforme, mais il nous fait aussi réfléchir et questionner nos idéaux, et nous donne envie de suivre un peu plus longtemps les aventures de ces fieffés artistes, intrigants et touchants. 75 minutes, c’est court finalement, pour planer et penser dans une société où tout va beaucoup trop vite.

Crestone, en compétition officielle au Champs-Elysées Film Festival, visionnable le vendredi 12 Juin : http://www.champselyseesfilmfestival.com/2020/

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Disponible sur la plateforme du festival de de Gérardmer : https://online.festival-gerardmer.com/

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