A certain Kind of silence : Au pair et tais-toi

Présenté en compétition au Festival Music&Cinema d’Aubagne,
maintenu en ligne pour braver le confinement, le film
du tchèque Michal Hogenauer fait le récit froid et
objectif de l’embrigadement d’une jeune fille
au sein d’une secte.

Par Quentin Moyon

Temps de lecture 5 min

A certain Kind of silence

Bande Annonce

Le deuxième long-métrage de Michal Hogenauer (dont le premier, Tambylles, avait été réalisé dans le cadre de la Cinéfondation) brosse le portrait de Mia, une adolescente tchèque venue apprendre l’anglais comme fille au pair dans une famille plus qu’aisée. Elle doit s’occuper de leur fils de dix ans, Sebastian, et développer une relation de confiance avec cet enfant taiseux pour ne pas se voir renvoyer chez elle. Une tâche simple au premier abord, qui se compliquera vite, mais de manière diffuse, avec l’instauration par la famille de règles étranges.

Le film commence par un plan fixe sur un bateau, dans lequel les sirènes de nombreuses voitures performent une symphonie cinglante. Il s’agit du moyen de transport de Mia. Il s’agit aussi d’un signal d’alarme qui lui est envoyée : n’y va pas ! Puis le silence – peu de dialogues, peu de musique – s’impose petit à petit. La narration, construite sur l’intrication de deux timelines (l’expérience présente de Mia dans la famille et son interrogatoire par la police dans le futur) qui finiront par se rejoindre, met en évidence l’engrenage du silence tandis que Mia abandonne ses principes moraux au profit des principes de cette famille sinistre. Ne pas parler, pour ne pas ouvrir les yeux sur l’immoralité des sévices infligés à Sebastian, puis à d’autres enfants. Ne pas parler pour ne pas dévoiler le lourd secret des rites des « Twelve Tribes », ce culte de fanatiques chrétiens qui existe bel et bien dans la réalité.

le réalisateur maîtrise la dimension formelle
et rythmique de son film

Outre cet exercice narratif périlleux mais rondement mené, le réalisateur maîtrise la dimension formelle et rythmique de son film, qui cherche moins à nous choquer qu’à instiller, progressivement mais sûrement, un sentiment d’inquiétante étrangeté. En privilégiant les plans fixes construits comme des tableaux, le film choisit une esthétique du malaise qui rappelle celle des films de Yorgos Lanthimos, notamment La Mise à Mort du Cerf Sacré (2017). L’alternance de plans larges, distants, et de plans rapprochés souvent derrière les personnages, nous exclue de ce qui se trame.
Mais Mia, elle, tombe dans le panneau et se prend au jeu de ces « sacrements » anormaux. À travers elle, A certain kind of silence semble nous dire que personne n’est à l’abri d’un tel glissement.

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