César d’enterrement

Vendredi 29 février à Paris, la 45e cérémonie des César s’est déroulée
dans un climat mortifère et délétère.
Retour sur un grand moment de souffrance.

Par La Rédaction

Temps de lecture 5 min.

« Bonne chance pour la fin du monde ! » Lancée ce 29 février au public de la 45e cérémonie des César par Gabriel Harel, venu recevoir le prix du meilleur court-métrage d’animation pour La Nuit des sacs plastiques, la réplique collapsologique sonnait, plus immédiatement, comme un encouragement au gratin du cinéma français venu assister aux obsèques de son petit monde. Car si le rituel des César n’a pas attendu 2020 pour être le plus souvent laborieux, cette édition, plombée par l’embarras général vis-à-vis des douze nominations de J’accuse de Polanski (resté chez lui pour ne pas affronter la colère des manifestant.e.s outré.e.s de voir le réalisateur accusé de viol ainsi mis à l’honneur), a côtoyé l’insoutenable.

Endurer pendant deux heures l’incapacité de la maîtresse de cérémonie Florence Foresti à prononcer le nom qui fâche – rebaptisé Atchoum rapport à sa petite taille, la triste blague – ou du remettant Jean-Pierre Darroussin feignant de ne pouvoir articuler les syllabes de Polanski, pour que finalement le prix de la réalisation lui revienne malgré tout… Tout était monté à l’envers dans cette cérémonie sans cœur ni tête. Il aurait mieux valu être capable d’appeler l’homme par son nom et remiser l’humour rance d’une part, et d’autre part ne pas lui attribuer ce prix-là entre tous les autres, celui qui précisément récompense moins un film que la personne qui l’a réalisé. Insoutenable célébration de l’individu Polanski pour Adèle Haenel, qui a quitté la salle en criant à la honte, entraînant d’autres convives dans le sillage de sa colère.

Entre les votants qui ont soutenu Polanski dans les urnes, l’équipe de Portrait de la jeune fille en feu qui incarnait la résistance à son impunité mais n’a récolté que le César de la meilleure photographie, et tous les présents (dont le président démissionnaire de l’Académie Alain Terzian) qui n’en pensaient pas moins dans un sens ou dans l’autre… On a eu l’impression, comme dans une version réussie du sketch de magie foireuse tenté par l’acteur Benjamin Lavernhe pour détendre l’atmosphère entre deux sinistres passages de plats, de voir le cinéma français coupé en deux, trois, quatre… Si ce n’est les vannes brillantes du duo Vincent Dedienne-Emmanuelle Devos, la tête de Sara Forestier tendrement posée sur l’épaule de son marmoréen voisin Jean-Pierre Léaud, ou la gaieté contagieuse d’Anaïs Demoustier (justement récompensée pour son rôle dans Alice et le maire), c’était tout sauf une partie de plaisir.

Alors maintenant, comment recoller les morceaux ? Ce vendredi soir, c’est la victoire des Misérables, double prix du public et du meilleur film, qui a permis de faire tenir ensemble le corps démembré. Offrant une réponse optimiste au discours de l’actrice Aïssa Maïga en début de soirée sur le manque de diversité dans le cinéma français, le film de Ladj Ly, récompensé avec un magnifique cri de soulagement par la présidente de la cérémonie Sandrine Kiberlain, a permis de conclure sur une note un peu plus entraînante. Sans les vertus fédératrices des Misérables, la cérémonie aurait sans doute fini par se dévorer elle-même en entier. Au bout du long tunnel de ce rituel moribond, dont il serait peut-être temps de changer le modus operandi, il y avait donc un peu de lumière. Mais on était loin du grand feu de joie.

la victoire des Misérables a permis
de faire tenir ensemble le corps démembré !

Le Palmarès complet :

Meilleur film : Les Misérables, de Ladj Ly

Meilleur réalisateur : Roman Polanski, pour J’accuse

Meilleure actrice : Anaïs Dumoustier dans Alice et le maire

Meilleur acteur : Roschdy Zem dans Roubaix, une lumière

Meilleur second rôle féminin : Fanny Ardant dans La Belle époque

Meilleur second rôle masculin : Swann Arlaud dans Grâce à Dieu

Meilleure révélation féminine : Lyna Khoudri dans Papicha

Meilleure révélation masculine : Alexis Manenti dans Les Misérables

Meilleur son : Antonin Baudry pour Le Chant du loup

Meilleure musique : Dan Levy pour J’ai perdu mon corps.

Meilleurs décors : Stéphane Rozenbaum pour La belle époque

Meilleurs costumes : Pascaline Chavanne pour J’Accuse

Meilleure musique originale : Dan Lévy pour J’ai perdu mon corps

Meilleure photo : Claire Mathon pour Portrait de la jeune fille en feu

Meilleur film étranger : Parasite, de Bong Joon Ho

Meilleur montage : Flora Volpeliere pour Les Misérables

Meilleure adaptation : J’accuse, de Roman Polanski

Meilleur scénario original : La Belle époque, de Nicolas Bedos

Meilleur premier film : Papicha, de Mounia Meddour

Meilleur film d’animation : J’ai perdu mon corps, de Jérémy Clapin

Meilleur documentaire : M, de Yolande Zauberman

Prix du public : Les Misérables, de Ladj Ly

Meilleur court-métrage : Pile Poil, de Lauriane Escaffre et Yvonnick Muller

Meilleur court-métrage d’animation : La nuit des sacs plastiques, de Gabriel Hare

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